Dernière mise à jour: 25 Juin, 2008

L’affaire Interpetrol : une corruption à grande échelle…

L’affaire Interpetrol : une corruption à grande échelle… Tout a commencé par l’allocation au Burundi d’un appui budgétaire dont une partie devait financer l’apurement des arriérés de l’Etat au secteur privé. Certains dirigeants du CNDD FDD, dont Jérémie NGENDAKUMANA, furent contactés par le patron d’Interpetrol pour l’aider à ce que ses « réclamations » soient honorées dans le cadre de ces paiements. C’était le début de la grande manipulation qui allait impliquer toute la République et ses gros pontes et que tout le monde appelle l’affaire Interpetrol.

Dans le « deal », c’est le Président de la République lui-même qui donna injonction au Ministre des Finances de l’époque, Madame Denise SINANKWA pour payer Interpetrol. Le Gouverneur de la Banque Centrale reçût les mêmes injonctions et entra dans la danse. Le gâteau était consommé : 8 milliards de nos francs furent payés dont une partie revint dans les mains des gens du pouvoir au plus haut sommet de l’Etat. C’est dans ce contexte que le IIème Vice-président de la République, qui n’était pas dans le coup, tenta d’empêcher Madame SINANKWA de partir en mission, mais encore une fois le Président de la République intervint lui-même pour la laisser partir. Elle ne devait pas revenir jusqu'à ce jour. Quand l’affaire commença à chauffer à Bujumbura, la brave SINANKWA voulut forcer et venir se défendre mais dut partir pour Paris ou elle reçût un message du Président NKURUNZIZA par le biais de la ministre Clotilde NIRAGIRA lui intimant de rester au large avant que les choses se tassent. L’incarcération d’Isaac BIZIMANA, l’ancien gouverneur de la BRB, finit de la convaincre de ne pas rentrer pour s’expliquer et se défendre.

Les tentatives du IIème Vice-président pour faire condamner Interpetrol furent encore torpillées par le Chef de l’Etat mais IL ne se laissa pas faire en soulevant d’autres dossiers d’Interpetrol avec la complicité de son épouse qui était directrice des douanes. Apparemment, le patron d’INTERPETROL sut calmer les ardeurs de ce couple par sa générosité. L’implication de Madame NIRAGIRA Clotilde, proche du procureur général Jean Bosco NDIKUMANA et de Gabriel NTISEZERANA, qui fut le parrain de son mariage fut importante pour étouffer cette affaire au niveau de la justice. Par la suite, des rencontres furent organisées entre les hommes de NKURUNZIZA et Tarouk Bashir qui avait lui-même pris le large et ne se trouvait plus sur le sol burundais. Toute l’équipe au service du Chef de l’Etat y passa comme émissaires et intermédiaires : Adolphe NSHIMIRIMANA, Hafsa MOSSI, Guillaume NAYIMBIKA, Hatungimana Athanase alias COKOROKO (qui rencontra Tarouk à Dubai), RUKARA Mohammed et Jérémie NGENDAKUMANA (rencontre à Bruxelles) et enfin le fameux Jean Marie RURIMIRIJE (rencontre à Nairobi). Cependant, Jérémie NGENDAKUMANA fut rapidement écarté par le Président NKURUNZIZA dans cette affaire et dut se contenter des sommes perçues lors du déclenchement de l’affaire. Nous ne saurions passer sous silence l’intervention de l’ancien Inspecteur Général de l’Etat, Edmond BIZABIGOMBA qui fut victime de ces magouilles et se trouve aussi en exil. On lui reprocha d’avoir voulu orienter le dossier dans un sens qui n’arrangeait pas le pouvoir. Une grande mascarade pour blanchir Tarouk Bashir est en cours. Elle a commencé par la réouverture des activités du plus grand corrupteur de tous les temps. Pendant ce temps, Denise SINANKWA se vit servir un mandat d’arrêt international et Isaac BIZIMANA continue de croupir en prison.

Avec la montée des prix des produits pétroliers sur le plan mondial, Interpetrol vient de conclure un accord avec le Président NKURUNZIZA visant à évincer la société ENGEN du marché d’importation de produits pétroliers au Burundi pour reprendre sa place d’antan comme leader des importations de ces produits. La magouille tient du fait que de manière très légitime, ENGEN ne peut que demander la hausse des prix sur le marché local du fait de la conjoncture mondiale. Cependant, sur le plan politique, le gouvernement NKURUNZIZA craint une crise sociale si les prix continuent de monter. La solution toute trouvée consiste donc, pour NKURUNZIZA, à ramener Interpetrol sur la scène au détriment du secteur pétrolier dans son ensemble et de l’économie burundaise en général. En effet, Interpetrol ne dispose pas de source d’approvisionnement unique à laquelle de grandes sociétés comme ENGEN ne peuvent accéder. La raison qui permet à Tarouk Bashir de continuer à livrer ces produits quand les autres importateurs demandent une hausse des prix tient à deux choses :

- Interpetrol pratique de la fraude à outrance et donc ne dédouane pas ces produits comme ENGEN ou les autres importateurs. Tarouk Bashir est un fraudeur né qui a fait fortune ainsi et n’est pas prêt d’arrêter. Donc, en procédant ainsi, il prive le trésor public de recettes fiscales importantes : dans ces conditions, pourquoi pas carrément pour l’Etat ne pas renoncer de manière transparente à une partie de ces recettes au lieu de procéder à ce type de magouilles ?

- Interpetrol est une entreprise individuelle et Tarouk Bashir compte sur ses complicités avec NKURUNZIZA pour continuer à financer le parti au pouvoir et les hommes au pouvoir. Une protection mutuelle s’installe alors et pendant ce temps des fortunes se font au détriment du peuple burundais et beaucoup plus grave encore le secteur pétrolier continue d’être désorganisé.

La question de la hausse des cours mondiaux du pétrole doit être traitée de manière transparente et en concertation avec les partenaires du développement comme le font les autres pays touchés par cette crise planétaire. Nous interpellons le peuple burundais, les forces vives de la Nation ainsi que la communauté internationale à redoubler d’efforts pour mettre à nu cette mafia qui est au pouvoir à Bujumbura. Dans les hautes sphères de l’Etat, c’est un véritable plan qui s’organise et se met en place pour piller l’Etat avec la complicité de la société Interpetrol. Le plan organisé pour ramener Tarouk Bashir sur la scène fait partie du plan du Président NKURUNZIZA pour financer sa campagne en vue des élections de 2010.

Dans ce même contexte, des efforts énormes sont en cours pour procéder à la privatisation de certaines entreprises publiques dans des procédures opaques et téléguidées depuis la Présidence de la République. NKURUNZIZA peut se targuer d’être le premier président démocratiquement élu à être resté au pouvoir si longtemps, mais il pourra sans aucun doute se targuer aussi d’être le président le plus corrompu de toute l’histoire du Burundi. Il faut que les forces vives se lèvent pour exiger que des hommes comme Tarouk Bashir soient bannis de la scène économique burundaise car leurs manières d’agir sont néfastes au développement du peuple burundais et freinent même l’entrée dans le secteur pétrolier de sociétés sérieuses et capables pour pallier aux problèmes de pénuries. Aucune multinationale sérieuse et ayant des moyens consistants n’opère au Burundi (à part ENGEN) alors qu’elles sont juste à coté au Rwanda comme Caltex, Shell, Kobil Kenol ou Total. Est-ce à dire que le Burundi n’est pas intéressant au niveau de ce marché ? Loin de là, plutôt Tarouk Bashir a tellement POURRI le secteur par ses fraudes et sa capacité de corruption que les conditions normales de concurrence n’existent pas pour ouvrir la voie à des entreprises sérieuses.

Nous déplorons les analyses superficielles de l’OLUCOME qui apparemment a renoncé à sa virulence d’antan dans la dénonciation des crimes économiques et depuis un certain temps observe un silence plus que complice avec les crimes économiques du Président NKURUNZIZA.

L’OLUCOME devrait arrêter de dérouter les burundais en faisant porter le chapeau de la hausse des prix des produits pétroliers soi-disant sur NTISEZERANA et SAHINGUVU, nos deux vice-présidents. Des analyses sérieuses et une certaine neutralité face au leadership politique sont nécessaires pour une organisation de la société civile qui se veut objective et tient à ses valeurs. Les amitiés entre Gabriel RUFYIRI et le Président NKURUNZIZA risquent d’enlever toute crédibilité à l’OLUCOME. Le Président NKURUNZIZA est corrompu mais l’OLUCOME préfère garder sous silence la plupart des dossiers.